Annulation d’un concours de MCF à Paris-Sorbonne

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Source : Wikimedia Commons

Le concours pour le poste MCF 4369 « Francophonie : variété des Français » (section 07, sciences du langage)  vient d’être annulé.

Le comité de sélection était ainsi composé :

  • Membres affectés à l’Université Paris-Sorbonne :
    • André Thibault, PR, président du comité
    • Antoine Gautier, MCF
    • Franck Neveu, PR
    • Marc Duval, MCF
    • Jean-Léo Léonard, PR
    • Valérie Raby, MCF
    • Inès Sfar, MCF
    • Olivier Soutet, PR
  • Membres extérieurs :
    • Philippe Boula de Mareüil, DR LIMSI
    • Marie-Hélène Côté, PR Université de Lausanne
    • Anne Dagnac, MCF Université Toulouse Jean-Jaurès
    • Sascha Diwersy, MCF Université Paul-Valéry
    • Anika Falkert, MCF Université d’Avignon
    • Guillaume Fon Sing, MCF Université Paris-Diderot
    • Marinette Matthey, PR Université Grenoble Alpes
    • Anne-Catherine Simon, Université catholique de Louvain (Belgique)

Il semblerait que Marc Duval et Olivier Soutet étaient absents pour les auditions.

Les raisons de cette annulation ? Trois candidats ont été classés.

Le candidat classé premier, Mathieu Avanzi, est un très proche collaborateur du président du comité de sélection (1) (projet de recherche et conférences toutes récentes en commun) et de plusieurs autres membres du comité de sélection.

La candidate classée deuxième, Inka Wissner, a fait sa thèse sous la direction du président du comité de sélection.

La candidate classée troisième, Myriam Bergeron-Maguire, a fait sa thèse sous la direction du président du comité de sélection.

De toute évidence, la notion de conflit d’intérêts échappait totalement à ce président ainsi qu’aux autres membres du jury (2), sans même parler d’éthique ou d’équité. Il n’en a heureusement pas été de même pour l’administration de l’université qui a mis un terme au processus. Aucun classement n’a été proposé au ministère.

Les candidats ayant eu à subir ce type de comportement pour des postes de MCF ou de PU ne doivent pas hésiter à présenter un recours gracieux (3) au président de l’université.

 

(1) Une simple recherche sur Google avec ces deux noms permet de s’en rendre rapidement compte.

(2) https://martinedelessere.wordpress.com/2017/05/21/coups-darrets-sur-les-recrutements-de-mcf-et-pr/ ; https://academia.hypotheses.org%5Bneutralisé%5D/3193

(3) Pour des conseils de rédaction de ce recours : https://academia.hypotheses.org/1199

 

 

 

Recrutement au CNRS 2017 : les chiffres du concours CR1 de la section 34 (sciences du langage)

CNRS logo

« Dépasser les frontières »…

Ayant quelques heures à perdre ce jour, je me suis amusée à faire quelques calculs (1). Pas de déclassements (2) dans la section 34, mais tout de même des chiffres intéressants pour mieux comprendre les attentes du jury.

Amis statisticiens, n’hésitez pas à reprendre les données pour en proposer un traitement plus pertinent.

 

Concours CNRS 2017 CR1 section 34 Admis à concourir

(37)

Auditionnés

(17)

Admis (liste principale + liste complémentaire)

(4)

Admis (liste principale seule)

(3)

Homme 54% (20) 59% (10) 75% (3) 66%  (2)
Femme 46% (17) 41% (7) 25% (1) 33% (1)
Pays de naissance : France 30% (11)

 

24% (4) 0% (0) 0% (0)
Pays de naissance : hors France 70% (26) 76% (13) 100% (4) 100% (3)
Thèse en France (3) 38% (14) 24% (4) 0% (0) 0% (0)
Thèse ailleurs qu’en France 62% (23) 76% (13) 100% (4) 100% (3)
Mobilité après le doctorat (4) : oui 65% (24) 100% (17) 100% (4) 100% (3)
Mobilité après le doctorat : non ou douteux 35% (13) 0% (0) 0% (0) 0% (0)

Pour résumer : si vous êtes une femme, née en France, ayant fait sa thèse en France et n’ayant pas effectué de post-doctorat à l’étranger, épargnez-vous un dossier. La devise du CNRS, « dépasser les frontières », s’applique également à son recrutement.

 

(1) Ceux-ci reposent sur les données trouvées sur Internet. Dans quelques rares cas, il n’a pas été possible d’établir avec une certitude absolue à quelle catégorie appartenait le candidat en question. Le choix a alors été fait en fonction d’autres données (ex. : pour le pays de naissance, lieu des études après le bac ou son équivalent).

(2) http://academia.hypotheses.org/3289

(3) Les thèses effectuées en cotutelle entre une université française et une université hors de France sont comptées comme des thèses en France.

(4) C’est-à-dire post-doctorat effectué dans un pays autre que celui de l’université de la thèse ou de celui de l’université de cotutelle.

Humiliation du comité de sélection

Lancelot humiliation 2

Lancelot du Lac :
Lancelot dans la charrette d’infamie
Roman du XIIIe siècle
Manuscrit copié à Paris au début du XVe siècle
BnF, Manuscrits, Français 119 fol. 312v
© Bibliothèque nationale de France
Source : http://expositions.bnf.fr/arthur/grand/fr_119_312v.htm

 

« Il est impardonnable d’humilier ». C’est un des points qu’a soulignés il y a quelques jours Michel Zink, spécialiste de littéraire française du Moyen Âge et membre de l’Institut de France (Académie des inscriptions et belles-lettres), dans l’émission radiophonique Le Grand Témoin de Radio Notre-Dame (1). Et pourtant… L’université elle-même, dont l’orateur est un éminent représentant, est coutumière du fait, notamment dans son processus de recrutement des maîtres de conférences et au cours des auditions qui en constituent le point d’orgue.

Avant même l’entrée dans la salle d’ailleurs : certains membres du comité de sélection ne se cachent même pas de bien connaître certains candidats en allant leur faire la bise puis en passant devant les autres sans les saluer (2) ; un peu plus tard, « la moitié de la commission dort ou fait autre chose, l’autre moitié lève les yeux au ciel tous les deux mots » (3), et, quand elle pose enfin des questions, elles sont inappropriées, du type « Vous voulez avoir des enfants ? » « Vous allez vous marier, votre époux est-il prêt à vous suivre ? » (4). Pour finir, le président du comité de sélection classe première son ancienne doctorante (5).

Et c’est ainsi que, chaque année, des dizaines et des dizaines de candidats sortent de leur audition avec un fort sentiment d’humiliation.

Où sont l’éthique et l’honnêteté dans lesquelles se drapent ces mêmes membres des jurys lorsqu’ils parlent de la déesse Recherche ? Car il y a là un paradoxe : tous s’accordent sur le fait que la recherche doit s’appuyer sur la rigueur et l’honnêteté. Pourtant, dans les faits, les comités de sélection semblent constituer un univers parallèle où tout est permis, notamment d’humilier les candidats par des attitudes ou des questions déplacées, et cela en toute impudeur. La question se pose donc : pourquoi des personnes capables d’une telle attitude dans cette situation se comporteraient-elles différemment dans la conduite de leurs travaux ? Peut-on en effet être parfaitement honnête dans une situation et tout se permettre dans une autre ?

Mais l’« humiliation du comité de sélection », ce n’est pas qu’un génitif subjectif, à savoir l’humiliation générée par le comité de sélection ; c’est aussi un génitif objectif : l’humiliation que devrait éprouver ses membres. Car oui, les enseignants-chercheurs qui se livrent à de telles pratiques devraient en avoir honte.

Ce ne semble cependant pas être le cas. La raison en est sans doute qu’ils ne considèrent pas les candidats qu’ils ont en face d’eux comme des égaux. A-t-on honte d’éructer et d’émettre des gaz devant un chat ?

Ce sont pourtant bien de jeunes chercheurs que ces personnes ont en face d’elles, peut-être même des collègues qui les rejoindront quelques années plus tard. Quelle image ces derniers auront-ils alors gardée de ceux qui les auront ainsi humiliés ? De toute évidence, cette question ne trouble pas les jurys. C’est bien dommage : contrairement aux chats, les candidats ainsi maltraités sont doués de parole. Et quand ils rentrent dans leurs universités respectives de France et de Navarre, ils ne manquent pas de diffuser à la fois les noms et l’attitude de ceux qui ont pris part à ces simulacres de concours, parfois en termes peu amènes.

La plus grande humiliation et la plus grande honte ne sont finalement peut-être pas forcément là où on pouvait le penser à première vue.

 

(1) « L’humiliation : une notion à géométrie variable » ; l’émission peut être réécoutée et téléchargée à cette adresse : https://radionotredame.net/2017/societe/lhumiliation-une-notion-a-geometrie-variable-107904/.

(2) https://rachelgliese.wordpress.com/2011/06/14/un-tout-petit-monde-%E2%80%A6-de-brutes/.

(3) Ibidem.

(4) http://www.collectif-papera.org/spip.php?article1473.

(5) https://academia.hypotheses.org/1199.

Coup(s) d’arrêt(s) sur les recrutements de MCF et PR

Ce sont les membres des comités de sélection qui ont été bien étonnés !

Depuis si longtemps qu’ils voyaient la porte de la décence fermée, les choix et les décisions gangrenés par le népotisme, ils avaient fini par croire qu’ils pouvaient agir comme bon leur semblait, et, trouvant la place décidément très bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d’opérations stratégiques pour recruter leurs amis : le comité pour les copains… Le jour de mon audition, il y en avait bien, sans mentir, une dizaine assis en rond dans la salle, en train de se réjouir de la bonne farce qu’ils allaient jouer aux autres candidats… Le temps d’entrouvrir l’arrêt du Conseil d’État, frrt ! voilà le bivouac en déroute, et tous ces petits derrières blancs qui détalent, la queue en l’air, dans leur université. J’espère bien qu’ils reviendront. (1)

Un récent arrêt du Conseil d’État (17 octobre 2016) précise que :

« […] le respect du principe d’impartialité exige que, lorsqu’un membre du jury d’un concours a avec l’un des candidats des liens, tenant à la vie personnelle ou aux activités professionnelles, qui seraient de nature à influer sur son appréciation, ce membre doit non seulement s’abstenir de participer aux interrogations et aux délibérations concernant ce candidat mais encore concernant l’ensemble des candidats au concours ; qu’en outre, un membre du jury qui a des raisons de penser que son impartialité pourrait être mise en doute ou qui estime, en conscience, ne pas pouvoir participer aux délibérations avec l’impartialité requise, doit également s’abstenir de prendre part à toutes les interrogations et délibérations de ce jury en vertu des principes d’unicité du jury et d’égalité des candidats devant celui-ci. »

Il a été confirmé il y a quelques semaines par un nouvel arrêt (3 mai 2017).

Avoir « avec l’un des candidats des liens, tenant à la vie personnelle ou aux activités professionnelles, qui seraient de nature à influer sur son appréciation » devrait donc entraîner, pour un enseignant-chercheur, son retrait du comité de sélection en question, sous peine d’annulation de l’ensemble du processus de recrutement.

Certaines universités ont bien compris l’importance de cette jurisprudence ; l’Université Paris 8 a ainsi interrompu la procédure de recrutement d’un MCF sur un poste de théorie politique allemande en raison d’un conflit d’intérêts de ce type : le directeur de thèse d’un candidat était membre du comité de sélection, qu’il présidait même (2).

D’autres universités, en revanche, ne semblent pas avoir saisi la portée de ce texte ou n’en ont pas eu connaissance ; certains résultats de concours des semaines passées en témoignent.

(1) https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_de_mon_moulin/Installation

(2) http://academia.hypotheses.org/3193